Le Maroc sac au dos : le guide de voyage complet
Le Maroc est l'un des pays les plus faciles du monde à parcourir sac au dos avec un petit budget, et l'un des plus faciles à rater. Le train relie les grandes villes, le car va presque partout ailleurs, un lit en dortoir coûte moins qu'un déjeuner à Paris — et pourtant beaucoup de voyageurs rentrent après deux semaines passées à marchander, courir et transpirer dans les mauvais vêtements. Voici la version qu'en donnerait un ami marocain : l'itinéraire, les transports, l'argent, la tenue, et les quelques pièges à connaître.
Avant de partir : visa, argent, téléphone
Visa. Les ressortissants de l'Union européenne, du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada et de nombreux autres pays entrent au Maroc sans visa pour 90 jours au plus. Le passeport doit être valide pendant tout le séjour ; vérifiez la règle de votre nationalité avant de réserver.
Argent. La monnaie est le dirham (MAD) ; environ dix dirhams font un euro. C'est une monnaie fermée : on se la procure sur place. Les distributeurs sont partout en ville, et les bureaux de change des aéroports et des médinas pratiquent des taux corrects sans commission. Gardez vos reçus de change pour reconvertir vos dirhams au départ. Le liquide règne dans les souks, les petits cafés, les taxis et la plupart des auberges : prévoyez petites coupures et monnaie.
Téléphone. Une carte SIM locale (Maroc Telecom, Orange ou inwi) avec un forfait internet coûte très peu ; elle se vend à l'aéroport et dans toute boutique de téléphonie, sur présentation du passeport. La 4G passe dans presque toutes les villes, et sur une bonne partie de la route du désert.
Quand partir
Le printemps (mars à mai) et l'automne (septembre à novembre) sont les meilleures saisons pour une boucle complète : journées chaudes, nuits fraîches, vallées vertes au printemps. L'été est très chaud à l'intérieur et dans le désert, la côte reste agréable. L'hiver est doux le jour sur la côte et à Marrakech, mais les nuits sont froides partout et le Haut Atlas se couvre de neige.
Vérifiez les dates du ramadan, qui avancent d'environ onze jours chaque année. Voyager pendant le ramadan est tout à fait possible et souvent mémorable — les soirées après la rupture du jeûne sont les plus animées de l'année — mais beaucoup de cafés ferment en journée et les horaires changent.
Un itinéraire de deux semaines qui fonctionne
La boucle classique va du nord au sud, ou l'inverse :
Tanger (1 à 2 jours) — arrivée des ferries d'Espagne et départ de la ligne à grande vitesse. Chefchaouen (2 jours) — la ville bleue du Rif, calme, à parcourir à pied, avec des randonnées faciles vers la mosquée espagnole et les cascades d'Akchour. Fès (2 à 3 jours) — la médina la plus ancienne et la plus déroutante ; prenez un guide la première demi-journée. Merzouga (2 jours) — les dunes de l'Erg Chebbi, une nuit en bivouac. Gorges du Todra et du Dadès, Aït Ben Haddou (2 jours) — canyons, kasbahs, décors de cinéma. Marrakech (2 à 3 jours) — Jemaa el-Fna, les souks, les jardins. Essaouira (2 jours) — le vent, les remparts, le poisson grillé au port : l'endroit idéal pour ralentir à la fin.
Avec trois jours de plus, ajoutez Imlil et le Haut Atlas depuis Marrakech. Le Toubkal, plus haut sommet d'Afrique du Nord à 4 167 m, se gravit en deux jours depuis Imlil ; les randonneurs étrangers doivent être accompagnés d'un guide de montagne agréé, facile à trouver au village.
Se déplacer
Le train. Le réseau ONCF est l'option la plus confortable : la ligne à grande vitesse Al Boraq relie Tanger à Rabat et Casablanca, et des trains classiques continuent vers Fès, Meknès et Marrakech. La seconde classe est propre et bon marché ; les billets se prennent sur l'application ONCF ou en gare.
Le car. Là où le train s'arrête — Chefchaouen, Essaouira, le désert, les gorges — prenez les cars CTM ou Supratours : fiables, climatisés, réservables en ligne. Payez le petit supplément pour mettre votre sac en soute.
Les taxis. Les petits taxis circulent en ville : exigez le compteur ou fixez le prix avant de monter. Les grands taxis sont des voitures partagées entre les villes, qui partent une fois pleines ; on paie la place, et on peut en prendre deux pour avoir plus d'espace.
Les circuits dans le désert. Les circuits de trois jours de Marrakech à Merzouga sont le moyen le plus simple de voir le désert sans voiture. Un circuit très bon marché veut dire de longues journées en minibus ; comparez ce qui est inclus (bivouac, dîner, balade à dos de dromadaire) avant de payer.
Budget : ce que coûte vraiment une journée
Un routard serré vit avec 300 à 450 MAD par jour ; autour de 600 MAD, on gagne en confort. À titre indicatif : un lit en dortoir dans un riad-auberge coûte environ 80 à 150 MAD avec le petit-déjeuner, un tajine ou un couscous dans un restaurant de quartier 40 à 70 MAD, un thé à la menthe 10 à 15 MAD, une course de petit taxi 10 à 30 MAD. Les prix montent à Marrakech et dans les restaurants qui donnent sur les grandes places : mangez une rue plus loin.
Le marchandage est normal dans les souks, pas dans les boutiques à prix affichés, les supermarchés ni les transports. Commencez plus bas que ce que vous comptez payer, restez aimable, et partez sans gêne : cela fait partie du jeu, ce n'est pas une offense.
Que porter, que mettre dans le sac
Le Maroc est détendu dans les grandes villes et sur la côte, plus conservateur dans les petites villes et à la campagne. Une tenue qui couvre épaules et genoux est respectueuse partout et, plus concrètement, c'est elle qui vous garde au frais : des couches amples, légères et longues protègent bien mieux du soleil qu'un débardeur.
L'essentiel. Deux ou trois chemises amples en lin ou en coton, un pantalon léger ou une jupe longue, un grand foulard (sur les épaules en médina, sur la tête et le visage contre le sable du désert, en couverture dans un car de nuit), des chaussures fermées et confortables pour les pavés des médinas, et une paire de sandales. Ajoutez une couche chaude — polaire ou pull — même en été : les nuits du désert et de la montagne tombent vite.
Les petites choses qui aident. Lunettes de soleil, chapeau, crème solaire, gourde filtrante, lingettes, lampe frontale pour le bivouac et petit cadenas pour les casiers d'auberge. Voyagez léger : les ruelles des médinas sont étroites, souvent en escaliers, et le sac à dos bat la valise à chaque fois.
Sécurité et pièges courants
Le Maroc est un pays sûr pour les voyageurs ; les vrais désagréments sont petits. Les faux guides vous accompagnent d'office dans les médinas, annonçant souvent que « la rue est fermée » ou que la place est « par ici ». Un « la, choukrane » (non, merci) ferme et poli, et l'on continue son chemin, carte hors ligne du téléphone en main. Demandez un guide officiel à votre auberge si vous en voulez un.
Fixez le prix avant tout service — henné, photo avec un animal, taxi sans compteur. Buvez de l'eau en bouteille ou filtrée. Les drones sont interdits sans autorisation et saisis à la douane : laissez le vôtre à la maison. Les femmes qui voyagent seules peuvent subir des remarques insistantes par endroits ; une tenue discrète, une démarche décidée et l'indifférence y mettent généralement fin, et les auberges sont un bon endroit pour trouver des compagnons de route vers le désert ou la montagne.
Quelques mots qui ouvrent les portes
Les Marocains parlent la darija (l'arabe marocain), le tamazight dans de nombreuses régions, et le français presque partout ; l'anglais est courant chez les jeunes et dans les zones touristiques. Quelques mots changent tout : salam (bonjour), choukrane (merci), la, choukrane (non, merci), bchhal ? (combien ?), wakha (d'accord). Acceptez le thé à la menthe quand on vous l'offre : c'est rarement juste une boisson, c'est le début d'une conversation.
Respectez le rythme du pays — le couscous du vendredi, l'appel à la prière, le ralentissement aux heures chaudes — et le Maroc vous rendra bien plus qu'il ne coûte. Les non-musulmans ne peuvent pas entrer dans la plupart des mosquées, à une grande exception près : la mosquée Hassan II de Casablanca, ouverte aux visiteurs en visite guidée.